« Pour établir la preuve de la liberté, considérons d’abord que certains êtres agissent sans aucun jugement, comme la pierre qui tombe vers le bas, et tous les êtres qui n’ont pas la connaissance. ─ D’autres êtres agissent d’après un certain jugement, mais qui n’est pas libre. Ainsi les animaux telle la brebis qui, voyant le loup, juge qu’il faut le fuir ; c’est un jugement naturel, non pas libre, car elle ne juge pas en rassemblant des données, mais par un instinct naturel. Et il en va de même pour tous les jugements des animaux. ─ Mais l’homme agit d’après un jugement ; car, par sa faculté de connaissance, il juge qu’il faut fuir quelque chose ou le poursuivre. Cependant, ce jugement n’est pas l’effet d’un instinct naturel s’appliquant à une action particulière, mais d’un rapprochement de données opéré par la raison ; c’est pourquoi l’homme agit selon un jugement libre, car il a la faculté de se porter à divers objets. » (Somme théologique, I, question 83, réponse)
« Je regarde comme une
chose démontrée qu’on ne saurait prouver qu’il y ait des pensées dans
les bêtes […]. Il est plus probable de faire mouvoir comme des machines
les vers de terre, les moucherons, les chenilles et le reste des
animaux, que de leur donner une âme immortelle.
Premièrement parce
qu’il est certain que, dans les corps des animaux, ainsi que dans les
nôtres, il y a des os, des nerfs, des muscles, du sang […] et autres
organes disposés de telle sorte qu’ils peuvent produire par eux-mêmes,
sans le secours d’aucune pensée, tous les mouvements que nous observons
dans les animaux, ce qui paraît dans les mouvements convulsifs, lorsque,
malgré l’âme même, la machine du corps se meut souvent avec plus de
violence et en plus de différentes manières qu’il n’a coutume de le
faire avec les secours de la volonté […].
La principale raison, selon
moi, qui peut nous persuader que les bêtes sont privées de raison, est
que, bien que parmi celles d’une même espèce les unes soient plus
parfaites que les autres, comme dans les hommes, ce qui se remarque
particulièrement dans les chevaux et dans les chiens, dont les uns ont
plus de dispositions que les autres à retenir ce qu’on leur apprend, et
bien qu’elles nous fassent toutes connaître clairement leurs mouvements
naturels de colère, de crainte, de faim, et d’autres semblables, ou par
la voix, ou par d’autres mouvements du corps, on n’a point cependant
encore observé qu’aucun animal fût parvenu à ce degré de perfection
d’user d’un véritable langage, c’est-à-dire qui nous marquât par la
voix, ou par d’autres signes, quelque chose qui pût se rapporter plutôt
à la seule pensée qu’à un mouvement naturel. Car la parole est l’unique
signe et la seule marque assurée de la pensée cachée et renfermée dans
les corps; or tous les hommes les plus stupides et les plus insensés,
ceux mêmes qui sont privés des organes de la langue et de la parole, se
servent de signes, au lieu que les bêtes ne font rien de semblable, ce
que l’on peut prendre pour la véritable différence entre l’homme et la
bête » (Lettre à
Morus, 5 février 1649)
« Pour établir la preuve de la liberté, considérons d’abord que certains êtres agissent sans aucun jugement, comme la pierre qui tombe vers le bas, et tous les êtres qui n’ont pas la connaissance. ─ D’autres êtres agissent d’après un certain jugement, mais qui n’est pas libre. Ainsi les animaux telle la brebis qui, voyant le loup, juge qu’il faut le fuir ; c’est un jugement naturel, non pas libre, car elle ne juge pas en rassemblant des données, mais par un instinct naturel. Et il en va de même pour tous les jugements des animaux. ─ Mais l’homme agit d’après un jugement ; car, par sa faculté de connaissance, il juge qu’il faut fuir quelque chose ou le poursuivre. Cependant, ce jugement n’est pas l’effet d’un instinct naturel s’appliquant à une action particulière, mais d’un rapprochement de données opéré par la raison ; c’est pourquoi l’homme agit selon un jugement libre, car il a la faculté de se porter à divers objets. » (Somme théologique, I, question 83, réponse)
« Je regarde comme une
chose démontrée qu’on ne saurait prouver qu’il y ait des pensées dans
les bêtes […]. Il est plus probable de faire mouvoir comme des machines
les vers de terre, les moucherons, les chenilles et le reste des
animaux, que de leur donner une âme immortelle.
Premièrement parce
qu’il est certain que, dans les corps des animaux, ainsi que dans les
nôtres, il y a des os, des nerfs, des muscles, du sang […] et autres
organes disposés de telle sorte qu’ils peuvent produire par eux-mêmes,
sans le secours d’aucune pensée, tous les mouvements que nous observons
dans les animaux, ce qui paraît dans les mouvements convulsifs, lorsque,
malgré l’âme même, la machine du corps se meut souvent avec plus de
violence et en plus de différentes manières qu’il n’a coutume de le
faire avec les secours de la volonté […].
La principale raison, selon
moi, qui peut nous persuader que les bêtes sont privées de raison, est
que, bien que parmi celles d’une même espèce les unes soient plus
parfaites que les autres, comme dans les hommes, ce qui se remarque
particulièrement dans les chevaux et dans les chiens, dont les uns ont
plus de dispositions que les autres à retenir ce qu’on leur apprend, et
bien qu’elles nous fassent toutes connaître clairement leurs mouvements
naturels de colère, de crainte, de faim, et d’autres semblables, ou par
la voix, ou par d’autres mouvements du corps, on n’a point cependant
encore observé qu’aucun animal fût parvenu à ce degré de perfection
d’user d’un véritable langage, c’est-à-dire qui nous marquât par la
voix, ou par d’autres signes, quelque chose qui pût se rapporter plutôt
à la seule pensée qu’à un mouvement naturel. Car la parole est l’unique
signe et la seule marque assurée de la pensée cachée et renfermée dans
les corps; or tous les hommes les plus stupides et les plus insensés,
ceux mêmes qui sont privés des organes de la langue et de la parole, se
servent de signes, au lieu que les bêtes ne font rien de semblable, ce
que l’on peut prendre pour la véritable différence entre l’homme et la
bête » (Lettre à
Morus, 5 février 1649)
« Pour établir la preuve de la liberté, considérons d’abord que certains êtres agissent sans aucun jugement, comme la pierre qui tombe vers le bas, et tous les êtres qui n’ont pas la connaissance. ─ D’autres êtres agissent d’après un certain jugement, mais qui n’est pas libre. Ainsi les animaux telle la brebis qui, voyant le loup, juge qu’il faut le fuir ; c’est un jugement naturel, non pas libre, car elle ne juge pas en rassemblant des données, mais par un instinct naturel. Et il en va de même pour tous les jugements des animaux. ─ Mais l’homme agit d’après un jugement ; car, par sa faculté de connaissance, il juge qu’il faut fuir quelque chose ou le poursuivre. Cependant, ce jugement n’est pas l’effet d’un instinct naturel s’appliquant à une action particulière, mais d’un rapprochement de données opéré par la raison ; c’est pourquoi l’homme agit selon un jugement libre, car il a la faculté de se porter à divers objets. » (Somme théologique, I, question 83, réponse)
« Je regarde comme une
chose démontrée qu’on ne saurait prouver qu’il y ait des pensées dans
les bêtes […]. Il est plus probable de faire mouvoir comme des machines
les vers de terre, les moucherons, les chenilles et le reste des
animaux, que de leur donner une âme immortelle.
Premièrement parce
qu’il est certain que, dans les corps des animaux, ainsi que dans les
nôtres, il y a des os, des nerfs, des muscles, du sang […] et autres
organes disposés de telle sorte qu’ils peuvent produire par eux-mêmes,
sans le secours d’aucune pensée, tous les mouvements que nous observons
dans les animaux, ce qui paraît dans les mouvements convulsifs, lorsque,
malgré l’âme même, la machine du corps se meut souvent avec plus de
violence et en plus de différentes manières qu’il n’a coutume de le
faire avec les secours de la volonté […].
La principale raison, selon
moi, qui peut nous persuader que les bêtes sont privées de raison, est
que, bien que parmi celles d’une même espèce les unes soient plus
parfaites que les autres, comme dans les hommes, ce qui se remarque
particulièrement dans les chevaux et dans les chiens, dont les uns ont
plus de dispositions que les autres à retenir ce qu’on leur apprend, et
bien qu’elles nous fassent toutes connaître clairement leurs mouvements
naturels de colère, de crainte, de faim, et d’autres semblables, ou par
la voix, ou par d’autres mouvements du corps, on n’a point cependant
encore observé qu’aucun animal fût parvenu à ce degré de perfection
d’user d’un véritable langage, c’est-à-dire qui nous marquât par la
voix, ou par d’autres signes, quelque chose qui pût se rapporter plutôt
à la seule pensée qu’à un mouvement naturel. Car la parole est l’unique
signe et la seule marque assurée de la pensée cachée et renfermée dans
les corps; or tous les hommes les plus stupides et les plus insensés,
ceux mêmes qui sont privés des organes de la langue et de la parole, se
servent de signes, au lieu que les bêtes ne font rien de semblable, ce
que l’on peut prendre pour la véritable différence entre l’homme et la
bête » (Lettre à
Morus, 5 février 1649)