« [I]l n’y a point d’
homme dans le monde. J’ai vu, dans ma vie, des Français, des Italiens,
des Russes, etc. […] mais quant à l’homme, je déclare ne l’avoir
rencontré de ma vie […]. [U]ne constitution qui est faite pour toutes
les nations, n’est faite pour
aucune : c’est une pure
abstraction. » (Joseph
De Maistre, Considérations sur la France, VI)
« Selon la conception
romantique, la nation n’est pas le produit d’un libre contrat passé
entre des sujets, considérés abstraitement comme des êtres
rationnels ; elle est une
réalité organique liant certains hommes à une terre, à des morts, à une
langue, à un passé commun et rendant illusoire l’affirmation de leur
autonomie.
Chaque nation a son génie, tributaire d’un terroir et déposé dans une
langue, dans un imaginaire collectif
ou « une âme
collective » (Joseph de
Maistre). C’est dire que la nation est un déterminant identitaire. Elle
est ce qui exige de décliner l’humanité au pluriel avec la tentation de
ne voir dans l’humanisme universaliste qu’une vue de l’esprit. Ce qui
existe, ce sont des communautés nationales irréductiblement hétérogènes,
véritables creusets de différences humaines, se posant en s’opposant les
unes aux autres. […] [O]n ne choisit pas sa nation, on lui appartient
par sa naissance et sa mentalité. Ce n’est pas l’individu qui fait la
nation, c’est la nation qui fait l’individu. […] Contrairement à la foi
des Lumières, l’individu n’est définissable ni comme liberté, ni comme
raison. Il est ce qu’une tradition nationale a fait de lui, il ne peut
ni se choisir ni se penser dans l’horizon de l’universel. Il se définit
par son inscription dans une communauté vivante de langue et de culture
qui le détermine. »
(Simone
Manon, « Idée
de nation »)
« Qu’est-ce qu’une nation ? Un corps d’associés vivant sous une loi commune et représentés par la même législature. » (Emmanuel-Joseph Sieyès, Qu’est-ce que le Tiers-État ?)
« Dans une telle
perspective, l’unité nationale se fonde sur l’identité des droits
reconnus aux individus et sur leur reconnaissance réciproque d’une telle
identité : elle procède
de l’union des volontés en une association libre, issue de l’adhésion de
tous aux principes du contrat social. […] Ainsi appréhendée, l’idée de
nation s’inscrit tout d’abord dans une perspective constructiviste ou
artificialiste : plutôt
qu’un corps auquel on appartient, la nation révolutionnaire est un
édifice que l’on bâtit à partir d’un lien contractuel, qu’il faut donc
penser en termes de volonté. […] Politiquement, l’horizon de l’idée de
nation, entendue sur ce mode, est donc la communauté démocratique
définie par l’adhésion volontaire à des principes publiquement
proclamés, tels que ceux de la Déclaration des droits de l’homme. […] De
ce fait, la nationalité n’est pas une détermination
naturelle : on ne naît
pas français, on le devient par un acte d’adhésion volontaire à la
communauté démocratique ou au contrat social. La nationalité se résorbe
ainsi dans la citoyenneté et elle se définit moins comme un lien
affectif que comme une adhésion rationnelle à des
principes. » (Alain
Renaut, « Nation,
État Nation » dans
l’Encyclopédie de la culture politique contemporaine)
« [T]outes les
sociétés deviennent de plus en plus multiculturelles […]. Dans ces
circonstances, il y a quelque chose de maladroit à répondre
simplement : « Ici,
c’est comme
ça ! ». […] Le
défi est de savoir comment répondre au sentiment de marginalisation [des
minorités] sans compromettre nos principes politiques de
base. » (Charles
Taylor, « La
politique de
reconnaissance », V)
« Taylor s’oppose à un
multiculturalisme corporatiste et à un nationalisme ethniciste. La
reconnaissance “authentique” doit conduire à une fusion d’horizons.
Cette notion de fusion d’horizons est très importante car elle résulte
de l’ouverture à l’autre. Taylor veut recomposer la communauté politique
sur la reconnaissance des différentes communautés, car il pense que la
citoyenneté redéfinie de façon communautaire permettra de faire revivre
une citoyenneté participative par l’identification à un bien commun. Par
la suite, le dialogue entre les différentes communautés recréera une
communauté politique élargie et permettra à chacun de s’identifier dans
un État devenu plus
“hospitalier”. »
(Jean-Luc
Gignac, « Sur
le multiculturalisme et la politique de la différence
identitaire : Taylor,
Walzer, Kymlicka »,
Politique et Sociétés, vol. 16,
n° 2, 1997)